La cité de Troie : entre mythe et réalité

La cité de Troie : entre mythe et réalité

20/06/2021 par Omar Babakhouya

Souvent associée eux œuvres littéraires de renommée internationale, notamment l’Iliade d’Homère, Troie continue d’inspirer le monde de la littérature et de l’art. 

Mis au jour par l’archéologue Heinrich Schliemann, le site de Troie est l’un des sites archéologiques les plus connus au monde. Souvent associée eux œuvres littéraires de renommée internationale, notamment l’Iliade d’Homère, Troie continue d’inspirer le monde de la littérature et de l’art.  En raison de sa signification historique, le site est actuellement protégé et inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO

Troie : un pont entre civilisations

Le site archéologique de Troie, sur lequel la présence humaine remonte à plusieurs millénaires, représente 4000 ans d’histoire. Les fouilles menées depuis le XIXe siècle révèlent un lieu faisant office de carrefour d’échanges commerciaux et de savoirs entre différentes régions, notamment la mer Égée, la mer Noire, l’Anatolie, la Troade et les Balkans. Situé à près de 5 km au sud des Dardanelles, le site est actuellement partie intégrante de la côte occidentale de la Turquie. La ville est connue dans l’histoire essentiellement à travers le récit dusiège de Troie par les guerriers grecs de Sparte et d’Achaïe au XIIIe ou au XIIe siècle av. J.-C., immortalisé par Homère dans l’Iliade. Tout au long de son histoire, plusieurs souverains hellénistiques et romains feront de la Troade, complexe de plusieurs sites archéologiques autour de Troie, un lieu de commémoration des héros de la guerre de Troie. Des espaces funéraires supposés sont en ce sens dédiés aux héros comme Achille, Hector, Ajax et Patrocle. Néanmoins, la présence humaine y est bien antérieure.

©EOSGIS.COM

En effet, les fouilles entreprises depuis la fin du XIXe siècle dévoilent au monde l’existence de différentes époques de vie de la ville. La première présence humaine à Troie remonte à l’âge de Bronze (3000 ans avant J-C) et le lieu est soumis à de nombreuses évolutions durant les cinq siècles suivants (Troie II-V). C’est avec l’émergence de Troie VI (à partir de 1700 avant J-C) que la ville aurait joué un rôle commercial prépondérant dans la région. Subissant un tremblement de terre et des destructions autour de 1350 avant J-C, la ville est reconstruite de façon plus méthodique avant l’épisode qui fera la célébrité de la cité jusqu’à nos jours. La fameuse guerre de Troie a vraisemblablement eu lieu lors de la chute de Troie VIIA, vers 1250 avant J-C. Selon Homère, la raison du conflit serait liée à la relation entre Hélène, femme du roi spartiate Ménélas, et le prince troyen Pâris. En revanche, selon les hypothèses d’un nombre significatif d’historiens, le contexte politique et économique de l’Égée permet d’expliquer la cause réelle de la guerre de Troie, entre le royaume de Mycènes et Troie. En somme, il s’agissait de contrôler le détroit des Dardanelles, et tirer profit des opportunités de commerce avec la mer Noire. Depuis cette époque, la ville de Troie est sans cesse pillée, colonisée, et recolonisée, elle connait respectivement la présence grecque, romaine et byzantine puis ottomane. A une période avancée de l’époque ottomane, la ville est finalement abandonnée et désertée.

La valeur du site archéologique de Troie réside en premier lieu dans le symbole qu’il représente, celui d’une civilisation européenne plurielle. A l’intersection des cultures balkanique, égéenne et anatolienne, il témoigne d’une influence mutuelle entre plusieurs civilisations et ce depuis plusieurs millénaires

Valeur archéologique exceptionnelle

Les premières recherches et fouilles sur le site de Troie ont eu lieu à partir de 1871, sous l’impulsion de l’archéologue allemand Heinrich Schliemann. Elles ont mis au jour un ensemble de constructions datant de l’ensemble des périodes d’occupation et révélant par conséquent une valeur historique exceptionnelle. En particulier, ce sont 23 sections de l’enceinte de la citadelle, 11 portes, une rampe de pierre et 5 bastions défensifs qui sont dévoilés (datant presque tous de Troie II et Troie VI). Au cœur de l’enceinte, le complexe résidentiel est constitué de 5 longs bâtiments parallèles tandis que le plus grand des bâtiments est censé représenter le prototype d’un temple grec. L’architecture urbaine, notamment l’ôdeion (lieu réservé à la musique) et le bouleuterion (salle des conseils) à proximité de l’agora, rappelle l’inspiration romaine.

La double influence gréco-romaine se retrouve également dans le complexe du sanctuaire, construit au VIIIe siècle avant J-C et rénové plus tard par Alexandre le Grand puis par Auguste à la suite de sa visite des lieux. Aussi, Troie II et Troie VI symbolisent la ville orientale évoluant dans un environnement égéen, composée de palais, de bâtiments administratifs et d’une ville basse fortifiée.  La valeur du site archéologique de Troie réside en premier lieu dans le symbole qu’il représente, celui d’une civilisation européenne plurielle. A l’intersection des cultures balkanique, égéenne et anatolienne, il témoigne d’une influence mutuelle entre plusieurs civilisations et ce depuis plusieurs millénaires.

L’inscription du site sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 vient couronner les efforts nationaux en faveur de la perpétuation d’une mémoire historique collective et partagée par plusieurs pays, voisins de la Turquie

La conservation au service de l’histoire

Le site archéologique de Troie témoigne des premiers échanges et contacts entre le monde méditerranéen et les civilisations d’Anatolie. Outre la singularité des lieux faisant le pont entre plusieurs époques et cultures, la valeur exceptionnelle du site se traduit par son influence significative sur des chefs d’œuvre littéraires à l’image de l’Iliade d’Homère et l’Enéide de Virgile, parmi tant d’autres. Le monde du cinéma s’est également emparé de l’histoire romancée, à l’image du film Troie réalisé par Wolfgang Petersen. Le public peut d’ailleurs admirer le fameux Cheval de Troie, principal acteur de la ruse des Grecs dans le récit homérien, à Çanakkale, une province de la Turquie actuelle. Ces dimensions historiques et culturelles font de la préservation du site de Troie un impératif et une priorité pour les autorités nationales et internationales compétentes.  

Placé sous l’autorité du ministère de la Culture et du tourisme turc, le Conseil supérieur des biens immobiliers culturels et naturels a entrepris de classer le site de Troie site historique dès 1968. Au fil des découvertes et de la prise de conscience de la valeur du lieu, le Conseil décide de renforcer le statut du site de Troie en créant une zone de conservation dédiée en 1981. En particulier, depuis 1995, le lieu est protégé selon les normes internationales, dans l’objectif de se rapprocher des standards de l’UNESCO. Détenus par l’État turc, la majorité des zones archéologiques de Troie est par conséquent protégée par la législation nationale. De plus, la gestion du bien est aujourd’hui régie par un plan de conservation de 1971, révisé en 2010 afin de s’adapter aux réalités du présent. L’inscription du site sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 vient couronner les efforts nationaux en faveur de la perpétuation d’une mémoire historique collective et partagée par plusieurs pays, voisins de la Turquie.

Enfin, si les plans de conservation sont relativement bien appliqués, l’accroissement des visites dans l’un des sites les plus connus au monde, qui continue de nourrir l’imaginaire contemporain, risque d’exercer des pressions importantes sur un site déjà fragile.  


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