Byblos : l’héritage pluriel d’un patrimoine unique

Byblos : l’héritage pluriel d’un patrimoine unique

21/08/2020 par Victor Querton

Détruite puis rebâtie à de nombreuses reprises, Byblos, comme Beyrouth, a la résilience des villes Libanaises.

L’explosion du 4 août qui a ravagé Beyrouth est un désastre humanitaire, économique, mais aussi culturel. De nombreux bâtiments et monuments historiques sont en ruines ou au moins extrêmement dégradés. La déflagration a été ressentie dans toute la région et la ville voisine de Jbeil, qui abrite le site antique de Byblos, à 40 kilomètres au nord de la capitale n’y a pas échappé. Habitée continuellement depuis plus de 8000 ans, Byblos est un des poumons culturels du Liban et le patrimoine archéologique qu’elle abrite est un reflet de son histoire riche et multiculturelle. Détruite puis rebâtie à de nombreuses reprises, Byblos, comme Beyrouth, a la résilience des villes libanaises.

Le point de départ de la civilisation phénicienne

Dès le néolithique, le site de Byblos devient un lieu de sédentarisation pour des communautés de pêcheurs. L’un des critères d’inscription du site de Byblos sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO est d’ailleurs le témoignage qu’elle apporte sur l’un des premiers phénomènes d’urbanisation en Méditerranée. En effet, l’urbanisation progressive de la zone mène à l’avènement d’une cité-Etat, s’intégrant dès le IIIe millénaire dans la civilisation phénicienne. La Phénicie était une zone géographique et culturelle qui recouvrait peu ou prou à l’époque ce qu’est le Liban aujourd’hui. Elle était composée de cité-Etats dont les principales étaient Byblos, Tyr, Sidon et Arwad.

Le commerce des Phéniciens donna à Byblos un véritable rayonnement culturel en Méditerranée. La religion phénicienne prend également son essor à Byblos avec le temple de Baalat Gebal, construit vers -2800, dont la renommée dans le monde antique fut un catalyseur de l’influence phénicienne dans la région. L’influence de Byblos se manifeste également au travers de l’alphabet phénicien. Cet alphabet était utilisé pour l’écriture des langues cananéennes dont le phénicien, langue sémitique, était la plus importante. Conçu aux alentours de -1050 av. J.C, il fut repris plus tard par les grecs et est un ancêtre de notre alphabet moderne. La plus ancienne inscription de cet alphabet a été retrouvée sur le sarcophage du roi Ahiram à Byblos, datant de près d’un millénaire avant notre ère.

Au-delà de la diversité communautaire libanaise, l’histoire de Byblos est celle de civilisations diverses qui, en investissant la ville à des époques différentes, en ont fait un témoin de la richesse culturelle méditerranéenne et orientale.

Le mille-feuilles civilisationnel

La civilisation phénicienne a fait de Byblos un riche centre de la Méditerranée qui a attiré les convoitises. La ville est successivement envahie, détruite puis reconstruite par les Amorrites, venus de Syrie, et les Hyksos, venus d’Asie occidentale et qui dirigèrent pendant un temps l’empire d’Egypte, respectivement aux XXe et XVIIIe siècles avant J.C. Ces invasions n’empêchent pas la résurgence de la civilisation phénicienne qui prend un véritable essor après le XIIe siècle et jusqu’à l’avènement de la période hellénistique qui voit la ville passer successivement sous le joug de la Perse (en -539), de la Macédoine d’Alexandre le Grand (en -333) et de l’Empire romain (en -64).

Ces occupations sont attestées aujourd’hui par les vestiges archéologiques qui se trouvent sur le site de Byblos et au Musée national de Beyrouth. Sur le site de Byblos, on trouve encore des vestiges de fortifications perses, ainsi que des fondations et mosaïques de temples grecs et un agencement urbain caractéristique de la période romaine.

Ruelles, Byblos. Liban

Suite à la scission de l’Empire romain entre Orient et Occident en 285, Byblos passe sous contrôle Byzantin et perd petit à petit de son influence au Levant à mesure que l’empire décline. C’est avec la première croisade en 1098 que la ville, alors connue sous le nom Gibelet, prend un nouvel essor culturel et économique. La construction de la cathédrale Saint Jean-Marc en 1150, d’un château des Croisés datant de la même époque, ainsi que de nouvelles fortifications font de Gibelet une véritable cité médiévale. Reprise ensuite par l’Empire Ottoman, Byblos adopte les caractéristiques d’une ville ottomane avec des souks, des kans et une mosquée. Ces dynamiques urbaines et politiques nous sont connues par les bâtiments de l’époque encore debout, notamment l’emblématique citadelle, et qui sont des éléments majeurs ayant justifié l’inscription de ce site au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1984. Comme ultime témoignage de la diversité du site, on trouve au milieu des ruines antiques une maison traditionnelle Libanaise datant des premières années du XXe siècle.


Le passage successif de différentes civilisations sur le site de Byblos est la conséquence aujourd’hui d’une ville aux identités plurielles. Au-delà de la diversité communautaire libanaise, l’histoire de Byblos est celle de civilisations diverses qui, en investissant la ville à des époques différentes, en ont fait un témoin de la richesse culturelle méditerranéenne et orientale. Byblos représente au mieux ce que l’historien Fernand Braudel appelle « les bigarrures de la Méditerranée », à savoir sa diversité culturelle et ses identités multiples qui sont filles de l’histoire.


Un patrimoine multiculturel riche à sauvegarder

L’héritage patrimonial de Byblos est exceptionnel par sa diversité et l’éclairage qu’il apporte aujourd’hui sur les occupations successives de la ville. Depuis le classement de la Vieille ville au patrimoine mondial, le site n’est plus directement sous la menace des pressions de l’urbanisation. Cependant, l’érosion accélérée par le changement climatique menace l’intégrité des mosaïques du site antique et le manque de moyens dévolus à la protection et la mise en valeur du patrimoine au Liban doit inciter à la vigilance quant à la préservation du site.

Byblos forme donc elle-même une mosaïque culturelle et historique au travers de son patrimoine archéologique et urbain qui nous est parvenu. Ayant été détruite et occupée par de nombreuses civilisations différentes, elle s’est trouvée enrichie par des apports culturels très divers ce qui en fait aujourd’hui une ville aux histoires multiples.


Pour aller plus loin :

https://whc.unesco.org/fr/list/295

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