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Femmes et Patrimoine de Palestine – Observatoire Patrimoine d'Orient
Femmes et Patrimoine de Palestine

Femmes et Patrimoine de Palestine

Épisode 3 : Un artisanat féminin : une identité performative

17/08/2020 par Selma LAGHMARA

Le patrimoine immatériel palestinien, s’il englobe de nombreux savoir-faire artisanaux (la broderie, le tissage, la céramique), inclut également une tradition orale essentielle, celle de la Hikaye. Inscrite en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (1), la Hikaye est une forme de récit narratif pratiquée par les femmes palestiniennes. Ces narrations fictives évoquent les préoccupations intimes et quotidiennes des sociétés du Moyen-Orient, évoluant et se transformant avec leurs auteures. Écriture de la spontanéité et de la vulnérabilité, ces portrait féminins mettent en lumière les structures sociales qui régissent la société palestinienne. En ayant pour principal objet la réalité, la plupart des récits décrivent des identités prises au piège d’injonctions contradictoires entre tradition et émancipation.

Le moment du tissage et la hikaye, sont des moments de rencontres et d’intimité ; l’occasion de « faire communauté » et de se réunir physiquement autour d’un ouvrage commun, qui laisse à toutes une place dans un processus de création résolument holistique

La Hikaye palestinienne embrasse l’idée d’une narration féminine alternative et viscérale. En explorant des récits de soi alternatifs, les femmes palestiniennes entendent se positionner face à un discours rationnel, explicite trop souvent colonisé par la domination masculine. Dans le tissage se crée alors un moment d’écriture, un récit littéral : il s’agit ici, de faire renaître une subjectivité derrière le rouleau compresseur du discours scientifique. C’est une écriture qui laisse la place à une singularité, une déviance, une divergence face à un universalisme qui occulte la spécificité de l’expérience féminine. En effet, les narrations issues de communautés opprimées et considérées comme minoritaires, sont trop souvent circonscrites à l’étroitesse de leur voix. On retrouverait presque ici quelque chose de « l’écriture féminine » de Hélène Cixous, qui affirmait dans son essai Le Rire de la Méduse (1975) ; « la femme doit écrire elle-même : elle doit écrire à propos des femmes et les conduire à écrire. Elles ont été dépossédées de la littérature aussi violemment qu’elles l’ont été de leur corps ». Il s’agit ici d’une écriture primaire qui leur appartient, non médiée et non édulcorée par un langage  excluant et dominant.  Ces femmes réinventent un langage qui leur est propre, un langage libre d’emprise ; un langage de l’immédiateté et de la sincérité, un langage de pouvoir également car performatif. 

C’est dans le tissage et le récit que se crée le sentiment d’appartenance communautaire ; toutes dissemblables, ces femmes semblent intimement unies par une expérience en partage, un vécu commun qu’elles reconnaissent les unes dans les autres. Le moment du tissage et la hikaye, sont des moments de rencontres et d’intimité ; l’occasion de « faire communauté » et de se réunir physiquement autour d’un ouvrage commun, qui laisse à toutes une place dans un processus de création résolument holistique.

Ce sentiment diffus d’appartenance et de proximité semble les lier de manière immédiate, comme si la simple expérience de la féminité fondait en elles une forme d’écho, de résonance mutuelle qui justifierait une forme de connivence ou de bienveillance. Ce qui se dégage ici, c’est l’histoire commune, partagée et collégiale d’une féminité qui est le cœur vivant et dynamique des communautés qui s’organisent autour d’elle. 

La broderie, si elle a été un élément structurant de l’émancipation des femmes palestiniennes, a également été un formidable outil de résilience pour les réfugiées palestiniennes, qui n’ont pas tardé à s’installer dans des studios de broderie, afin de subvenir aux besoins de leurs familles. Plus que le moyen de transmettre un récit et un héritage, cet artisanat a été le moyen d’acquérir une indépendance financière urgente et nécessaire.

©Natalie Tahan

Aujourd’hui cet artisanat de l’intimité s’exporte et s’exhibe notamment grâce au travail de jeunes créateurs. C’est le cas de  Natalie Tahan, jeune designer, qui modernise avec audace et humilité les motifs centenaires de la broderie palestinienne. Celle-ci, aussi nommée « tatreez », se fait la voix ornementale d’une expérience, et transcrit dans le tissu, des histoires, des contes et des mythes dont les motifs sont inspirés. 

Ces signes, qui varient selon les villes, ont tous une signification : à travers les couleurs et les dessins, « on peut savoir d’où est originaire la femme qui les porte et si elle est mariée ou célibataire ». Élément d’apparat et marqueur social, il est également un symbole de leur héritage et de leur identité ; une forme de résistance face à l’entreprise coloniale israélienne ; « la preuve de notre existence dans chaque ville et village palestinien » d’après Maha Saca, Directrice du Palestine Heritage Center de Bethléem.


Pour aller plus loin :

  1. https://ich.unesco.org/fr/RL/la-hikaye-palestinienne-00124
  •  Jodie Mack, The Grand Bizarre, 2018

Une Expérience sensorielle du Tissu : Un film touchant et intime, sur la circulation mondiale des textiles et des motifs, The Grand Bizarre, tourné en 16mm, est un enchantement visuel. Animant des objets banals afin de réinterpréter les lieu à travers les matériaux, le film transcrit une expérience du motif, du tissu, de la couleur et de la matière en se concentre également sur les échanges et les voyages. La réalisatrice Jodie Mack examine le lien global entre ces objets et les espaces qu’ils occupent, transformant le visionnage en expérience kaléidoscopique. 

  • Amirah Tajdin, A string of Pearls, 2020

Récit d’une féminité traditionnelle à travers l’artisanat : A String of Pearls est le troisième film d’une série écrite et réalisée par l’artiste et cinéaste kenyane Amirah Tajdin pour le Irthi Contemporary Crafts Council basé à Sharjah, aux Émirats arabes unis. Travaillant en étroite collaboration avec les tisserandes de la communauté émiratie de Dibba qui n’avait jamais été devant la caméra auparavant, Amirah présente l’artisanat du talli, une technique de tissage traditionnelle de la région.

Les femmes sont représentées au travail, alors qu’elles tissent et qu’elles se réunissent pour se raconter des histoires, et créer des pièces uniques. « Le film présente ce qui est devenu ma signature ; une union de la fiction et de la réalité pour raconter des histoires qui vont au-delà du simple documentaire ou du contenu publicitaire », explique le réalisateur. « Les histoires des femmes sont réelles et fidèles à leurs expériences, mais je peux les diriger dans des contextes à l’intérieur des intrigues que j’invente, inspirées par la culture émiratie dont elles sont issues et qui sont rarement vues par un public plus large. »

  • Le Irthi Contemporary Crafts Council soutient la continuité des métiers séculaires de la région, en travaillant avec ces femmes et d’autres artisans traditionnels pour réinventer leur métier pour une nouvelle génération, en partageant leur travail avec des institutions de design et de mode du monde entier.
  • Site internet des créations de Natalie Tahan : https://www.natalietahan.com

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