Sabratha : une cité libyenne oubliée ?

Sabratha : une cité libyenne oubliée ?

Le 28/05/2020 par Omar Babakhouya

A-t-on oublié le patrimoine culturel plurimillénaire de la Libye dans une actualité centrée sur l’instabilité politique du pays ? Aujourd’hui, il semble plus que jamais nécessaire de mettre en lumière les joyaux historiques dont regorge le sol libyen, parmi lesquels se trouve le site archéologique de Sabratha.

La ville de Sabratha se situe dans le district de Zawiya, à 50 Km de la capitale Tripoli. Elle constitue une ville historique importante dans l’ouest libyen, la « Tripolitaine ». Le nom de la région vient du triangle antique formé par les villes de Sabratha, Tripoli et Leptis Magna, ce qui souligne le rôle déterminant de ces cités dans le développement de l’Afrique du Nord à l’époque antique. Les fouilles archéologiques débutées seulement au XXe siècle ont mis au jour un nombre significatif de vestiges phéniciens et romains témoins de la riche histoire du pays.

Sabratha, Libye

Une cité historique plurimillénaire

Ces héritages historiques remontent à une époque où Sabratha jouait un rôle commercial significatif en Afrique du Nord. Bâtie environ au VIIe siècle avant J-C, son gain d’attractivité au fil des siècles résidait dans sa position géographique entre le désert d’Afrique du Nord et la Méditerranée. En particulier, la liaison de l’Oasis de Ghadamès à Sabratha constituait une grande route commerciale (marchandises exotiques) bien avant l’arrivée des Romains. Néanmoins, c’est bien lors de la restructuration de la région par César que l’importance stratégique de la vile s’accroit et sa cité acquiert tous les signes de la culture romaine. Sous le règne d’Antonin Le Pieux, elle obtient le statut de colonie (138-161 après J-C). Mais progressivement, dans les siècles suivants, la ville perd de sa superbe au gré des invasions étrangères et des destructions.

Aujourd’hui, de nombreux vestiges témoignent de la gloire passée de la ville et attestent de sa relative résistance face au temps et à l’action de l’homme. La découverte du complexe funéraire de Sidret-el-Balik a révélé des peintures datant du IVe siècle uniques en leur genre dans les régions méditerranéennes. De même, l’architecture classique en Afrique est redécouverte à travers les monuments romains et byzantins, le temple et le forum d’Antonin le Pieux, l’amphithéâtre et le théâtre antiques. Le théâtre est sans doute le site le mieux préservé du complexe archéologique. Construit entre le Ier et le IIe siècle après J-C, il dispose de la capacité d’accueillir près de 5 000 spectateurs. Mais un tel site historique nécessite un entretien régulier. Les premiers travaux de restauration de ses murs et gradins ont été entrepris dès les années 1920 sous l’Italie de Mussolini mais la préservation du site demeure un enjeu majeur aujourd’hui.

Résister face au temps et à la guerre

La préservation de la cité de Sabratha revêt une signification cruciale face à l’effet du temps et de la guerre. D’abord, les monuments subissent l’action naturelle de phénomènes climatiques. L’érosion marine a provoqué l’effondrement d’une partie des bâtiments à proximité du bord de mer à l’image des « Thermes de l’Océan ». Les mosaïques qui décorent le sol ont connu l’altération par la végétation naturelle. De plus, il est également nécessaire de veiller à la limitation de l’empiètement urbain sur ces sites. Outre l’impératif d’atténuer l’impact des agents climatiques, force est de constater que l’urgence immédiate réside dans la menace que représente le conflit actuel sur les monuments de Sabratha.

En effet, l’instabilité provoquée en Libye par la fin de l’ancien régime en 2011 a été accentuée par l’intensification des combats depuis 2014. Les divisions entre d’une part le Gouvernement d’Entente National (GEN) et d’autre part le Parlement de l’Est soutenu par les forces du Maréchal Haftar exacerbent les tensions au détriment des populations civiles et des biens historiques. Or, la résolution 2347 du Conseil de sécurité des Nations Unies (2017) obligent les Etats membres à prendre les mesures nécessaires à la préservation du patrimoine culturel en période de conflit.

Depuis 2014, la communauté internationale a alerté à plusieurs reprises les parties libyennes du danger qui pèse sur les biens culturels du pays. En particulier, la direction générale de l’UNESCO a appelé en septembre 2017 à protéger « le patrimoine culturel inestimable de Sabratha ». En juillet 2016, le site de Sabratha a rejoint la liste du patrimoine mondial en péril du fait des dégâts subis et des risques encourus en lien avec le conflit. Cette action vise avant tout à inciter la communauté internationale à soutenir les efforts du Ministère de la Culture et du Département libyen des Antiquités.

Le site archéologique de Sabratha, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1982, est un lieu hautement symbolique de la mémoire collective du pays. La préservation de l’ensemble du patrimoine culturel libyen est un enjeu majeur dans la réconciliation nationale et la construction d’une Libye stable et ouverte sur le monde.


Pour aller plus loin :

https://whc.unesco.org/fr/actualites/1714/

M.Baccar et F.Souq, rapport de la mission de suivi réactif aux sites archéologiques de Sabratha et Leptis Magna. 2007, Unesco

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