17/12/2022 par Amel Aït-Hamouda 

« Notre-Dame-d’Afrique priez pour nous et pour les musulmans »

L’année 2022 marque la commémoration du cent-cinquantième anniversaire de la basilique Notre-Dame-d’Afrique située à Alger en Algérie. 

L’église, chaleureusement surnommée « Lalla Meriem » ou encore « Madame l’Afrique », est si précieusement ancrée dans la mémoire algéroise qu’elle intègre, en 2012, la liste des biens culturels algériens comme monument historique

Ce cent-cinquantième anniversaire marque l’occasion pour l’Observatoire Patrimoine d’Orient de retracer le chemin patrimonial de cet espace imprégné d’humanité. Car, au-delà de ses fonctions premières, ce haut lieu de la foi est un site vivant du patrimoine qui témoigne de la bienveillance entre chrétiens et non-chrétiens sur une terre à majorité musulmane.

Lalla Meriem, sœur jumelle de Notre-Dame de-la-Garde de Marseille 

Statue de l’archevêque d’Alger, Mgr Charles Lavigerie sur le parvis de la basilique. ©AnaStpaul

« Notre-Dame-d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans » : telle est la prière inscrite sur les murs, aussi bien en arabe qu’en amazigh, qui accueille le visiteur au sein de cette église qui domine la baie d’Alger et la mer Méditerranée.

Le dessein de construire une église catholique à Alger est né du vœu de Mgr Louis-Antoine-Augustin Pavy (1805-1866). Originaire de la ville de Lyon, Mgr Pavy, appelé au siège d’Alger, souhaite alors édifier « un autre Fourvière, auprès d’Alger ! ». 

C’est en 1858 que l’évêque voit son projet se concrétiser lorsque est confiée à l’architecte français en chef des édifices diocésains de l’Algérie, Jean-Eugène Fromageau (1822-1896), la réalisation de ce que l’on surnommera « la sœur jumelle de Notre-Dame de-la-Garde de Marseille ». Il a fallu quatorze ans pour achever l’édifice situé au nord-ouest du cœur urbain d’Alger, dans l’actuelle commune de Bologhine

Par la suite, le pape Pie IX (1792–1878) accorde à l’église le titre de basilique mineure de l’Église catholique qui sera consacrée en avril 1876. 

Une basilique catholique imprégnée d’identité algérienne 

De par son architecture, Notre-Dame-d’Afrique réunit les différentes civilisations qui ont traversé le sol algérien. Si son extérieur embrasse le style néo-byzantin, son intérieur, quant à lui, atteste d’une empreinte hispano-mauresque. 

Fruit d’un travail algéro-mexicain, la fresque centrale renouvelée en 1993 est l’œuvre de Mohammed Bouti et de Salvador Lira. Sur le ciel dépeint au fond du chœur, le spectateur peut y observer la représentation de la Vierge Marie dans la gloire portant son fils Jésus et entourée par d’illustres personnages historiques issus de la chrétienté nord-africaine notamment saint Cyprien, saint Augustin, sainte Perpétue et sainte Félicité. Sur la terre d’Alger la blanche et en face de Méditerranée, on y contemple le cardinal Lavigerie, saint Charles de Foucauld, le cardinal Duval ainsi que les Pères Blancs et les Sœurs Blanches au côté de différents habitants algériens, signe de pluralité de l’identité nationale. 

Les ornements de la basilique comportent, au centre du dôme, de nombreuses céramiques du maître céramiste algérien Mohamed Boumehdi (1924-2006). 

Fresque centrale de la basilique réalisée par Mohammed Bouti et Salvador Lira. ©AnaStpaul

Par ailleurs, la basilique abrite deux chapelles latérales. La première, dédiée au Père de l’église occidentale saint Augustin d’Hippone (354-430), accueille six exvotos de l’ermite du désert Charles de Foucauld (1856-1916). La fresque qu’elle comporte, également réalisée par Salvador Lira en 1998, retrace la vie du saint de la droite vers la gauche. Elle contient également une citation de saint Augustin en amazigh. 

La seconde, dédiée à la sainte Monique d’Hippone (332-387), honore les dix-neuf religieux assassinés dans les années 1990 lors de la décennie noire en Algérie. La fresque de la chapelle, également réalisée par Lira et de droite à gauche, relate la Semaine sainte accompagnée de paroles de Jésus. 

Lalla Meriem : une statue au brassage méditerranéen  

On ne peut parler de « Madame l’Afrique » sans évoquer la célèbre statue en bronze de la Vierge Marie. 

Réalisée en 1838 par l’orfèvre parisien Louis-Isidore Choiselat (1784-1853), la statue de la Sainte Marie est une copie du célèbre modèle du sculpteur français Edme Bouchardon (1698-1762). Admiratif de la statue de la Virgo Fidelis de Bouchardon, le premier évêque d’Alger, Mgr Dupuch, reçoit, en 1840, une statue identique à celle de Bouchardon de la part de la congrégation de Notre-Dame de Lyon. Une fois à Alger, Notre-Dame élira temporairement demeure chez l’évêché puis sera placée au sein du monastère de la Trappe de Staouéli en 1843. 

Suite au souhait exprimé par la congrégation de Notre-Dame de Lyon, Mgr Pavy choisira de l’ériger dans la première chapelle provisoire, non loin de la futur basilique, appelée chapelle de Notre-Dame-du-Ravin (aujourd’hui : chapelle de saint Joseph).

Plus tard, l’archevêque d’Alger le Cardinal Lavigerie (1825-1892), fondateur de la Société des missionnaires d’Afrique connu sous le nom des « Pères blancs » ainsi que des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame-d’Afrique connue sous le nom des « Sœurs Blanches », transférera la statue de la Sainte Marie dans la nouvelle église lors de la célébration du Concile d’Alger et portera désormais le nom de « Notre-Dame-d’Afrique », après son couronnement en 1876. 

Quant à la statue en elle-même, Lalla Meriem porte une parure de velours bleu brodée en fils d’argent et recouverts d’or conçue par le maître brodeur algérien, Sekkal.  

Pour marquer ses cent-cinquante ans, « Madame l’Afrique » s’est vêtue d’une des plus somptueuses robes issues du patrimoine culturel algérien, le majboud

 

La statue de notre-Dame-d’Afrique couronnée d’or et vêtue de velours bleu ©AnaStpaul

Une basilique du vivre-ensemble

À l’initiative de Notre-Dame-d’Afrique, « la journée Mariale islamo-chrétienne d’Alger » est organisée chaque année afin de promouvoir le dialogue interreligieux à travers la figure commune de Marie ou de Meriem.

Tout au long de cette année et dans le cadre de la commémoration, un large programme s’offre au grand public. Outre les prières commémoratives, le lieu organise une multitude d’activités tels que des concerts de piano, d’orgue, de violoncelle et de musique de chambre ainsi que des expositions dédiées à la vie de saint Charles de Foucauld et aux objets liturgiques de la basilique et ses archives. 

Éminent site du patrimoine algérien, Madame l’Afrique incarne, depuis plus d’un siècle, l’esprit de fraternité, notamment à travers sa devise : « Au-delà des différences, seule compte la source commune :  le bonheur de l’humanité ».

 

POUR ALLER PLUS LOIN 

Augustin-Fernand Leynaud, La basilique de Notre-Dame-d’Afrique : Histoire du pèlerinage, Alger, L. Crescenzo, 1948.

Jean-Claude Cellier, Histoire des missionnaires d’Afrique : de la fondation par Mgr Lavigerie à la mort du fondateur (1868-1892), Paris, Karthala, 2008. 

 

Crédit photo couverture : © Notre-Dame-d’Afrique surplombant la Méditerranée (©Wikipédia)

 

 

 

 

Marwa

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