Le 01/04/2020 par Servane Hardouin

Dans la ville d’Oxford, au Royaume-Uni, se trouve le Griffith Institute. Cette petite équipe, reliée à l’Université d’Oxford et à l’Ashmolean Museum, conserve un patrimoine peu connu : les archives de l’égyptologie, de ses grands archéologues et de ses moments grandioses. Parmi elles, les archives de la tombe de Toutankhamon, découverte en 1922 près de Louxor ; elles rassemblent les documents produits lors des fouilles qui, menées par l’archéologue britannique Howard Carter, durèrent près de dix ans (1922-1932).

Parmi ces archives se trouvent des documents archéologiques, tels des plans de la tombe et cartes de la Vallée des Rois. Sont aussi préservés des aquarelles, photographies et dessins au crayon des fresques de la tombe ainsi que de ses objets – tels les célèbres clichés du masque funéraire de Toutankhamon, réalisés par le photographe Harry Burton du Metropolitan Museum of Art à New York. Le Griffith Institute conserve (et publie) également les lettres manuscrites, journaux et carnets de notes rédigés par les différents archéologues, photographes, dessinateurs et ingénieurs qui composaient l’équipe d’Howard Carter. Ils y racontent les avancées de leurs travaux, les grandes étapes des fouilles, ainsi que leurs vies quotidiennes dans le Louxor des années 1920, entre dîners mondains et promenades parmi les ruines à l’orée du désert.

Ces archives ne reposent pas silencieusement dans les tiroirs du Griffith Institute : elles sont une ressource précieuse pour des projets de préservation du patrimoine. Le tourisme de masse qui existait en Égypte avant la révolution de 2011 fut désastreux pour la conservation de la tombe de Toutankhamon. Les touristes se pressant dans un espace étroit et à l’équilibre fragile, l’état des peintures se dégradait à grands pas. Pour la décharger de ce poids, une reproduction à l’identique de la tombe fut créée, et installée non loin de l’originale. À l’initiative de la Fondation Factum Arte, la tombe de Toutankhamon fut entièrement numérisée ; mais, dû aux aléas du temps, certains fragments de la tombe manquaient, empêchant une reconstitution complète. Il existait néanmoins un témoin, unique, de ces fragments disparus, immortalisés dans les archives du Griffith Institute. En effet, un mur entier de peintures avait été photographié par Harry Burton juste avant sa destruction par Howard Carter – qui désirait ainsi accéder au tombeau funéraire de Toutankhamon, scellé et dissimulé derrière la paroi. Grâce à cette photographie retrouvée dans les archives, les touristes aujourd’hui peuvent admirer cette fresque recréée, qui n’avait pas été contemplée depuis 1922.

Au-delà de Toutankhamon et de son histoire, les archives du Griffith Institute sont également une source d’information inestimable sur les relations entre archéologues étrangers et égyptiens dans les temps de l’empire britannique. De nombreuses photographies conservées au Griffith attestent des relations profondément inégales qui opposaient les deux groupes : sur les négatifs en noir et blanc, des dizaines d’égyptiens déplacent des tonnes de gravats dans la chaleur et la poussière de la Vallée des Rois, surveillés, de loin, par l’archéologue britannique assis à l’ombre ; ou poussent à mains nues des chariots remplis d’objets jusqu’au Nil, où des bateaux prendraient le relai jusqu’au Caire. Chacun de ces trajets à pied, de la tombe au fleuve, durait quinze heures – le dos courbé, sous un soleil de plomb, en plein été. Les archives du Griffith sont ainsi un témoin de cette ère de l’égyptologie glorieuse qui se construisait sur la sueur des autres. Elles sont appelées à devenir d’autant plus pertinentes que le contexte actuel est à la reconnaissance des brutalités de l’archéologie coloniale – à travers, par exemple, les débats sur la restitution d’objets pillés.

Double ressource, donc, pour la conservation du patrimoine archéologique égyptien, et pour la recherche contemporaine sur un passé à la fois difficile et fascinant ; aujourd’hui, les archives de Toutankhamon ont été entièrement numérisées, et sont accessibles publiquement sur le site internet du Griffith Institute.


Pour aller plus loin :

http://www.griffith.ox.ac.uk/discoveringTut/

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