Cyrène, l’antique cité hellène de Libye

Cyrène, l’antique cité hellène de Libye

29/10/2020 par Kawsar Laanani

Au cœur d’un pays marqué par l’instabilité politique, ce joyau gréco-romain du patrimoine libyen se trouve aujourd’hui menacé entre abandon, pillage et urbanisation.

Surnommée l’ « Athènes » d’Afrique, Cyrène est une cité antique qui aurait été fondée à la fin du VII siècle av J.C. Elle est la plus ancienne et la plus importante des cinq colonies grecques de l’est libyen à qui elle donne le nom de « Cyrénaïque » . Romanisée, elle reste une des villes les plus importantes de l’Antiquité durant un millénaire. Le site archéologique se trouve dans la vallée luxuriante de Djebel el Akhdar (la Montagne verte), au sud de la ville actuelle de Shahhat en Libye et à proximité de la Méditerranée. Au cœur d’un pays marqué par l’instabilité politique, ce joyau gréco-romain du patrimoine libyen se trouve aujourd’hui menacé entre abandon, pillage et urbanisation.

Cyrène, une ville antique riche et prospère

Cyrène, qui tire son nom de la mythologie grecque, signifie reine souveraine en grec ancien et désigne une princesse de Thessalie, amante du dieu Apollon, qui la nomma reine de la ville nord-africaine. Selon les Histoires d’Hérodote, la ville aurait été fondée par des Grecs venus de Théra en recherche d’une terre fertile avant de se développer et de devenir la cité principale de Libye.

C’est le Silphium, une herbe sauvage poussant exclusivement à Cyrène et possédant de nombreuses vertus aromatiques et médicinales, qui permet à la ville de connaitre un rayonnement sans précèdent. Cette plante qui devient rapidement convoitée de tous, permet à la cité de s’enrichir et en devient son symbole, inscrite sur toutes les pièces de monnaie de la région. Les terres fertiles permettent aussi le développent de vastes domaines céréaliers et l’élevage de bœufs qui enrichissent d’autant plus la cité. Le développement du commerce se manifeste finalement par la création d’Apollina qui sert de port à la ville et permet des échanges avec la plupart des cités grecques.

De surcroit, Cyrène devient aussi un des grands centres intellectuels du monde classique. Siège d’une école hédoniste fondée par Aristippus, disciple de Socrate, mais aussi lieu de naissance de nombreux savants et poètes tels que Ératosthène et Callimaque, Cyrène réunit de nombreux penseurs et jouit d’un rayonnement intellectuel dans l’ensemble du monde Antique.

Une cité en déclin

En 74 av. J.C la cité devient une province romaine et connait de nombreuses révoltes. Les violences ne cessant d’augmenter, une grande partie de la population décide de quitter la ville, poussée également par le déclin économique due à l’extinction du Silphium. Malgré cela, la ville reste un centre urbain important jusqu’aux tremblements de terre de 262 et de 365 qui détruisent une partie de la cité et provoque sa désertification. Finalement, c’est en 643 que la ville en ruine tombe sous la conquête arabe.

Le site archéologique de Cyrène est considéré depuis 1982 comme patrimoine mondial de l’UNESCO et depuis 2016 comme patrimoine en péril. Cette décision résulte d’une dégradation importante portée au site depuis le début de l’instabilité politique du pays en 2011

Le site archéologique

Archaeological Site of Cyrene (Libya)
© UNESCO

Aujourd’hui, le site archéologique de Cyrène comporte trois complexes monumentaux : la ville et ses faubourgs, les impressionnantes nécropoles et la campagne où se trouve de nombreux vestiges. Les éléments les plus marquants du site sont sans équivoque la fontaine et le temple d’Apollon, où ont été découverts : la Vénus de Cyrène et la statue d’Apollon, l’acropole, la basilique, le temple de Déméter et enfin celui dédié à Zeus, qui dépasse le Parthénon d’Athènes. La cité a aussi conservé l’immense nécropole de 10 kilomètres carrés située entre Cyrène et Apollina avec ses milliers de sarcophages individuels posés à même le sol. En 2005, après 1600 ans passé sous la pierre, la découverte de 76 statues romaines par des archéologues italiens continue de prouver la richesse du site.

Un patrimoine face à de multiples dangers

Le site archéologique de Cyrène est considéré depuis 1982 comme patrimoine mondial de l’UNESCO et depuis 2016 comme patrimoine en péril. Cette décision résulte d’une dégradation importante portée au site depuis le début de l’instabilité politique du pays en 2011. En effet, une portion de 2 kilomètres carrés de la nécropole de Cyrène a été détruite en 2013 par des libyens qui, possédant des titres de propriété du terrain, ont décidé d’y construire des commerces, hôtels et maisons. Environ 200 sarcophages et caveaux datant de plus de deux millénaires provenant de la nécropole ont été détruits et jetés dans une rivière non loin du site. La polarisation actuelle entre les gouvernements de Tripoli et de Tobrouk ne permet toujours pas d’entente pour protéger les sites du patrimoine national.

En l’absence d’un État fort, cette urbanisation non contrôlée affecte particulièrement le site tout comme le pillage des œuvres. En effet, de nombreuses pièces comme les bustes funéraires ou les mosaïques de Cyrène sont très prisés sur le marché de l’art tant légal qu’illégal. En 2011, des artefacts de la cité antique ont été volés dans la chambre forte de la banque nationale commerciale de Benghazi. En 2018, ce sont les autorités espagnoles qui arrêtent deux individus liés à l’État Islamique en possession de nombreuses œuvres pillées en provenance de Cyrène. Les pillages des artefacts de la cité antique persistent en raison du manque de contrôle et de protection du site.

Cependant, le dernier rapport libyen sur l’état de conservation de Cyrène rapporté par le comité du patrimoine mondial de l’UNESCO évoque la volonté commune de sortir Cyrène de la liste du patrimoine en péril. Pour cela, c’est tout d’abord la numérisation en trois dimensions de l’ensemble de la cité antique qui a été réalisée à partir de milliers de photos prises en 2019. Cet effort laisse présager une amélioration dans la protection du patrimoine libyen, soutenu par les populations locales.


Pour aller plus loin :

https://whc.unesco.org/fr/decisions/7508

https://whc.unesco.org/fr/list/190/documents/

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